• Rainbow Sheep

Gérer les passages à vide

Au début du mois dernier, comme tous les ans depuis 4 ans, j'ai commencé l'Inktober. Le principe ? Un dessin à l'encre tous les jours pendant un mois. Comme je prenais des personnages que j'avais l'habitude de dessiner, qui me motivaient, j'ai voulu faire deux listes en même temps. Soyons folles ! Les autres années j'ai réussi à le faire sans trop de difficultés, des petits retards de temps à autre, mais globalement, ça allait.



J'étais aussi motivée que Mélusine ici pour cet Inktober !

J'ai donc commencé mes dessins en y prenant un réel plaisir, je postais en racontant un peu l'univers et en plaisantant sur ces personnages que j'adore. J'ai même testé quelques méthodes de cadrage. Arrivée à la moitié du challenge, le drame : impossible de continuer. Je n'avais plus d'inspiration, rien. Niete. J'avais bien des croquis préparés à l'avance, mais rien que dessiner devenait un acte incroyablement difficile. Je me trompais dans l'anatomie, mon trait n'était pas souple, je ne parvenais plus à faire mes ombrages, c'était laid, une véritable catastrophe ! L'évidence était là : j'avais un énorme passage à vide.


Ce n'était pas la première fois, et c'est une chose qui arrive à tout le monde. Des fois ça va dans un domaine, ça va même très bien, et des fois, sans prévenir, impossible de faire quoi que ce soit. Avant j'avais tendance à forcer. Je paniquais. Je me disais que je ne pouvais pas me permettre de ne pas dessiner pendant une longue période si je voulais en faire mon métier. Après tout, les clients et les projets ne prenaient pas en compte les périodes "sans". Alors je revoyais les bases, je me forçais et créer devenait douloureux.


Et puis avec le temps et l'expérience, j'ai appris à voir ces passages à vide comme des temps de repos nécessaires. On ne peut pas puiser à la source tous les jours sans la remplir après. Ces moments indiquent qu'il est temps de se ressourcer un peu, de freiner pour revenir plus fort.e. J'ai même remarqué qu'à chaque fois que je reprenais le dessin après une de ces périodes, quelque chose de nouveau s'était ajouté à mon style. Comme si tout ce temps avait en réalité été un temps de digestion. Un changement s'opérait et il me fallait l'intégrer en ne faisant plus rien jusqu'à ce qu'il soit prêt à sortir.



En gros, ça peut ressembler à ça métaphoriquement


Alors évidemment, côté réseaux ce n'est pas très régulier. Je poste beaucoup pendant une période, et puis d'un coup, plus rien. Mais si j'ai tendance à angoisser en me disant que ce n'est pas très stable, je me dis aussi que c'est pour offrir du contenu de qualité. Créer parce qu'on se force ne donne pas forcément de bons résultats. Bien sûr, il faut sortir de sa zone de confort, tester de nouvelles choses, surmonter ses difficultés, mais il y a une différence entre apprendre et respecter un repos nécessaire.


Je ferais un article sur la bienveillance plus tard, mais il est important de prendre soin de soi et de s'écouter. Ce n'est pas grave si on n'est pas créatif tout le temps. Ce n'est pas grave si on ne fait pas les choses parfaitement, ni même bien. Créer est un acte tellement subjectif qu'il est difficile de savoir ce qui est bien, beau, ou comme il faut. C'est une activité où le seul repère, c'est celui que nous donnons. Ce n'est pas une obligation de produire.


Pour revenir à ce passage à vide, j'ai fait cette pause, je me suis beaucoup promenée, j'ai jardiné et, quand je suis naturellement revenue vers la création, c'était pour tenter un type d’œuvre que je voulais expérimenter depuis longtemps mais que je n'avais encore jamais osé faire. J'avais besoin d'autre chose, d'évoluer. (là aussi, j'en parlerais dans un autre post)


Ce genre de pause n'est pas très valorisé dans notre société où il faut être constant.e, régulier.e, stable. On voit la productivité comme un diagramme linéaire, mais au final, peut être que c'est plus un cycle qu'une ligne fluctuante. Un cycle vertueux qui nous fait grandir à chaque tour. Ce temps mort a tendance à s'imposer quand on fait un surmenage ou tout simplement qu'on tombe malade alors que c'est le début des vacances. Notre corps communique même si on ne l'écoute pas forcément... Le tout serait alors d'apprendre à vivre avec ces phases pour ne pas les prendre comme une punition mais comme un moment pour se ressourcer.


Pour finir, un excellent film que je conseille et qui aborde ce sujet, c'est "Kiki la petite sorcière". À l'époque où je l'avais vu la première fois, je n'avais pas fait le lien, et pourtant, quand je l'ai revu, ça m'a sauté à la figure. C'était évident. Tellement évident que c'est même un personnage artiste qui rassure Kiki sur ce passage à vide. Ce film me fait personnellement beaucoup de bien (comme beaucoup de Myasaki ).


Bref, prenez soin de vous et n'oubliez pas de faire des pauses pour vous ressourcer.



Et faites des câlins ! C'est important les câlins